Nommer les nuages et les phenomenes du ciel
Reperer les dix genres de nuages par etage, estimer la nebulosite en octas et nommer halo, parhelies et arc-en-ciel : la methode d'observation a l'oeil nu.

Reconnaitre le ciel a l'oeil nu repose sur trois gestes simples : identifier le genre de nuage et son etage, chiffrer la part de ciel couverte en octas, puis nommer les phenomenes lumineux quand ils apparaissent. Un observateur qui applique ces trois etapes decrit un ciel complet sans instrument, avec un vocabulaire precis. C'est la demarche que suit le guide francais Nommer le ciel, consacre a la reconnaissance des nuages et des photometeores.
Quels sont les dix genres de nuages et leurs etages ?
L'Organisation meteorologique mondiale classe les nuages en dix genres, repartis sur trois etages. En haut, au-dessus de 6 000 metres environ aux latitudes temperees : cirrus, cirrostratus et cirrocumulus. Ces trois genres sont faits de cristaux de glace, ils sont fins, blancs, sans ombre propre marquee. Le cirrus ressemble a un filament ou a une virgule ; le cirrostratus forme un voile laiteux qui donne souvent un halo ; le cirrocumulus dessine de petits granules alignes, ce que l'on appelle parfois un ciel moutonne.
Au milieu, entre 2 000 et 6 000 metres : altocumulus, altostratus et nimbostratus. L'altocumulus se presente en bancs de galets gris-blanc separes par du bleu ; l'altostratus est un voile plus epais, grisatre, qui laisse deviner le soleil sans ombre nette ; le nimbostratus est une couche sombre et continue qui donne une pluie ou une neige durable.
En bas, sous 2 000 metres : cumulus, stratocumulus, stratus et brouillard. Le cumulus est le nuage a base plate et sommet bombe des beaux jours ; le stratocumulus s'etale en rouleaux gris ; le stratus est une couche basse et uniforme, parfois accrochee aux collines ; le brouillard est un stratus au contact du sol, ce qui le rend difficile a distinguer du paysage.
Le cumulonimbus, nuage d'orage, n'entre pas dans cette liste par etage : il traverse les trois, de la base basse a la tropopause, avec un sommet en enclume. Sa distance se mesure par le decalage entre l'eclair et le tonnerre : environ 3 secondes par kilometre. Un decalage de 9 secondes place l'orage a environ 3 kilometres.
Comment estimer la nebulosite en octas ?
La nebulosite se mesure en octas, c'est-a-dire en huitiemes de la voute celeste. On divise mentalement le ciel en huit parts egales au-dessus de l'observateur, puis on compte combien de parts sont occupees par des nuages. Le resultat s'ecrit de 0 octa, ciel entierement degage, a 8 octas, ciel entierement couvert. Les valeurs intermediaires se notent de 1 a 7 octas.
Quelques reperes rendent l'exercice plus regulier. 1 ou 2 octas correspondent a un ciel peu nuageux, quelques nuages isoles. 3 ou 4 octas donnent un ciel nuageux, partage entre bleu et nuages. 5 a 7 octas signalent un ciel tres nuageux a couvert. 8 octas correspondent a un plafond continu, sans trou.
Pour un observateur debutant, la difficulte vient des nuages fins : un cirrostratus peut couvrir 6 octas sans masquer le soleil, alors qu'un cumulus unique au zenith peut en occuper 1. La methode consiste a noter d'abord le genre dominant, puis la fraction couverte, puis les genres secondaires. Une observation notee ainsi, par exemple « 4 octas, altocumulus et cirrus », se compare d'un jour a l'autre et devient une petite serie de mesures personnelles.
Quels phenomenes lumineux peut-on nommer dans le ciel ?
Les photometeores sont des effets d'optique produits par la lumiere du soleil ou de la lune dans l'atmosphere. Le plus connu est l'arc-en-ciel, dont l'arc principal se forme a environ 42 degres du point antisolaire, avec un arc secondaire plus large et plus pale a environ 51 degres, et un ordre de couleurs inverse. L'arc-en-ciel apparait quand la lumiere traverse des gouttes de pluie ; il se voit dos au soleil, apres une averse.
Le halo de 22 degres est un anneau lumineux autour du soleil ou de la lune, produit par des cristaux de glace en suspension dans un cirrostratus. Sur cet anneau, deux taches lumineuses peuvent apparaitre a la meme hauteur que l'astre : ce sont les parhelies, ou faux soleils. Plus haut dans le ciel, l'arc circumzenithal forme un arc colore tourne vers le zenith, au-dessus du soleil.
Les couronnes sont de petits anneaux serres autour de la lune ou du soleil, formes par diffraction dans des gouttelettes ; la gloire est un phenomene similaire, visible autour de l'ombre de l'observateur projetee sur un nuage ou un brouillard, en montagne notamment. Nommer ces effets demande de noter trois choses : la position par rapport a l'astre, la couleur, et le type de nuage present. Un halo de 22 degres dans un cirrostratus n'a pas la meme signification qu'un arc-en-ciel dans un cumulus.
Comment observer le ciel sans instrument ?
L'observation a l'oeil nu ne demande qu'un horizon degage et un peu de regularite. Le meilleur moment pour les nuages de l'etage superieur est tot le matin ou en fin d'apres-midi, quand la lumiere rasante revele les filaments de cirrus. Pour les cumulus et les stratocumulus, la mi-journee montre mieux les bases et les ombres.
Quelques precautions aident. Eviter de fixer le soleil directement, surtout pour chercher un halo ou des parhelies : on regarde a cote, ou on masque l'astre avec la main ou un batiment. Noter l'heure et la date, car un meme nuage change de forme en une heure. Relever la direction du vent au sol, souvent differente du deplacement des nuages d'altitude.
Un carnet suffit : date, heure, nebulosite en octas, genres presents, phenomene lumineux eventuel. Au bout de quelques semaines, on reconnait les cirrus avant les autres, puis les altocumulus, puis les stratus bas. C'est exactement le parcours propose par le guide Nommer le ciel, qui s'adresse aux debutants, promeneurs, enseignants et curieux, et qui couvre les dix genres, la methode d'observation et l'optique des photometeores.
A quoi servent les especes et les varietes de nuages ?
Au-dela du genre, la classification ajoute des especes et des varietes. L'espece decrit la forme : fibratus pour un nuage fibreux, cumuliformis pour un nuage a protuberances, stratiformis pour un nuage etale en couche. La variete decrit l'arrangement : undulatus pour des ondulations, radiatus pour des bandes paralleles, duplicatus pour des couches superposees, translucidus pour un nuage laissant passer la lumiere.
Ces precisions ne sont pas un exercice scolaire. Elles indiquent l'evolution probable du ciel : un altostratus translucidus qui s'epaissit annonce souvent la pluie ; un cirrus fibratus qui s'etire en crochet peut preceder un front chaud de 12 a 24 heures. Pour un promeneur, cela suffit a decider d'emporter un vêtement de pluie ou non. Pour un enseignant, c'est un support concret de sciences et de vocabulaire.
Peut-on relier nuages et phenomenes lumineux ?
Oui, et c'est souvent le plus utile. Le halo de 22 degres, les parhelies et l'arc circumzenithal se forment dans des nuages de glace, donc dans des cirrostratus ou des cirrus. L'arc-en-ciel et les couronnes se forment dans des gouttes d'eau, donc dans des nuages bas ou des averses. Voir un halo indique la presence de cristaux a haute altitude, ce qui precede parfois l'arrivee d'un front. Voir un arc-en-ciel indique des gouttes et une lumiere rasante, donc une averse proche et un soleil bas.
Cette lecture croisee, nuage plus phenomene, est la partie la plus interessante de l'observation a l'oeil nu : elle transforme un ciel banal en une serie d'indices datables. Un observateur qui note « 6 octas de cirrostratus, halo de 22 degres, 17 h 40 » dispose d'une information meteorologique reelle, obtenue sans aucun appareil.
Source : public.wmo.int/fr.